Interview de Nicolo Favaretto Rubelli  

 

 Quels choix stratégiques avez-vous dû faire pour perpétuer l’excellence du nom Rubelli (et des autres marques du groupe), et traverser les bouleversements majeurs qui ont impacté l’industrie textile ?

Au cours de sa longue vie – plus de 150 ans – la maison Rubelli s’est toujours inscrite dans son temps, en se renouvelant sans cesse. Nous sommes ainsi passés du seul tissu à une offre complète d’ameublement ainsi qu’aux revêtements muraux.

Une série d’acquisitions nous ont permis d’y arriver, dès les années  80 avec la reprise d’une usine près de Côme et de deux maisons textiles italiennes, successivement intégrées à Rubelli. En 2001, se sont ajoutés les marques Dominique Kieffer et Donghia, respectivement française et américaine. Donghia nous a introduit dans l’univers du meuble, nous préparant au lancement de notre première collection Rubelli Casa. Sans oublier la licence Armani Casa Exclusive Textiles by Rubelli, dont on a fêté les dix ans cette année. Et  en 2013, nous avons lancé Studio Rubelli, une structure qui propose un service d’architectes et de property developer pour accompagner des projets d’architecture d’intérieur.

Dans l’histoire de Rubelli les collaborations avec les artistes et designers jouent également un rôle de premier plan, dès les années 30 avec Gio Ponti et Alfredo Carnelutti, qui ont dessiné des tissus toujours en collection. Dernièrement, le célèbre architecte américain Peter Marino a réalisé la collection capsule Peter Marino for Venetian Heritage. Ses trois étoffes en soie s’inspirent de Venise et particulièrement des reflets de sa lumière sur l’eau.

 

Comment fait-on évoluer une marque patrimoniale ?

Avant tout il ne faut pas oublier ses propres origines, la valeur de son savoir-faire et des compétences acquises au cours des décennies. Il est donc fondamental de conserver et de rester fidèle à la tradition vénitienne, sans oublier l’innovation évidemment. Les deux aspects peuvent et doivent produire un puissant effet synergique.

Comment se passe le témoin entre générations chez Rubelli ?

Le passage de témoin n’est pas encore « total », compte-tenu que mon père, le Président, participe encore à la gestion de quelques activités particulières de notre société après 65 ans de travail. De mon côté, je suis Administrateur Délégué et mes frères jouent aussi un rôle de premier plan au sein de Rubelli.

Comment équilibrez-vous qualité et innovation ? Sur quelles innovations textiles reposent vos créations contemporaines ?

L’innovation ne peut pas se faire au détriment de la qualité qui pour nous est le fondement incontournable de Rubelli. Notre dernière collection décline des tissus  « riches » (en soie), et d’autres plus techniques qui conviennent à tout type de projet et sont également conçus pour un usage extérieur. Pour obtenir des tissus à l’aspect naturel nous faisons au préalable une sélection précise des fils avant la mise au point de textures innovantes avec des effets de surface particuliers.

Quels sont les chantiers et projets de décoration les plus excitants auxquels Rubelli a participé ?

A Venise, le Gritti Palace, parfait exemple de palais vénitien est l’une des réalisations les plus prestigieuses de Rubelli Studio, le service global d’architecture d’intérieur que nous offrons à nos clients. Nous avons notamment créé des tissus spécialement pour ce projet.  Plus récemment, Rubelli a participé  à la décoration du Palazzo Experimental, un nouveau boutique hôtel, contemporain et très charmant, qui demontre la souplesse de Rubelli, également capable d’habiller des espaces modernes.

A l’étranger, parmi les projets les plus excitants, je citerai l’Armani Hotel Dubai, dessiné par le roi de la mode Giorgio Armani, l’Alabriga Hôtel sur la Costa Brava en Espagne, un projet d’ameublement et de décoration méticuleusement suivi par Studio Rubelli. Sans oublier l’Encore Boston Harbour Casino à Las Vegas, et nos réalisations spécifiques aux bateaux de croisières, comme le vaisseau amiral Costa Smeralda.